La synagogue s'élève sur l'emplacement d'un hôtel particulier où Napoléon Bonaparte avait installé, en cadeau de noce, son frère Louis et sa bru Hortense (1802). Six ans auparavant, Bonaparte, marié à Joséphine, avait lui-même logé dans cette rue, ainsi baptisée du reste en l'honneur de la victorieuse campagne d'Italie. Malgré ce patronage prestigieux, le quartier se singularisait par sa morosité et son aspect maussade. L'on disait couramment : Triste comme la Victoire. Ce furent les Juifs qui dotèrent ce coin de Paris d'un peu d'animation grâce à leur nouvelle et superbe synagogue.

Commencée en 1867, inaugurée en 1874, ouverte au culte public en 1875, cette synagogue de style roman fleuri, enjolivé de fioritures byzantines, est l'œuvre de l'architecte Aldrophe, constructeur de l'hôtel Thiers et de la synagogue de Versailles. La Victoire présente les dimensions suivantes : hauteur de la façade : 36m ; hauteur de la nef : 28,40m ; longueur de la nef : 44m. Elle comporte 1410 places. L'entrée principale devait s'ouvrir sur l'actuelle rue des Châteaudun. Mais l'impératrice Eugénie jugeait inopportun d'élever un monument juif entre les églises de la Trinité et de Notre-Dame-de-Lorette.

L'édification de la Victoire, à frais communs entre la Ville de Paris et la communauté israélite consacrait à la fois la promotion sociale du judaïsme parisien - qui comptait alors 20 000 âmes - et sa vitalité spirituelle qu'allait traduire, dans la décennie 1876-1886, l'érection d'autres synagogues dans d'autres arrondissements : par exemple Buffault et les Tournelles. A la Victoire, une place prépondérante est accordée à la musique, à la liturgie et à la prédication. " La Rothschild-Schule ", comme on l'appelle parfois, devint tout naturellement le lieu de culte privilégié pour les cérémonies, les commémorations solennelles et pour l'accueil des plus hautes personnalités. Comme si elle était destinée à partager le tragique sort de bon nombre de ses fidèles, la Victoire eut aussi son lot d'épreuves durant l'occupation : explosion d'une bombe (1941), la profanation du Tabernacle et souillures sacrilèges (1942), rafle en plein office de Roch-Hachana (1943). Il fallut attendre 1967 pour célébrer sa rénovation.

La synagogue Victoire, de rite spécifiquement alsacien, abrite dans ses dépendances les services du Consistoire Central et du Consistoire de Paris. Les Grands Rabbins de France et de Paris y sont intronisés et y ont leur siège attitré.